Une question qui revient souvent est de savoir si nous devrions ou non laisser nos chats aller à l’extérieur. Il y a une différence considérable entre l’Europe et l’Amérique du nord lorsque vient le temps d’y répondre.  Nous avons demandé à notre spécialiste et collaborateur en matière de comportement, l’Éduchateur Daniel Filion, de nous conseiller à ce propos.

Tout est question de présence de surpopulation féline dans un territoire donné. Dépendant des pays en Europe, le problème de surpopulation est plus ou moins important. Il y a les exceptions comme la Turquie et la Grèce qui sont aux prises avec ce problème, mais de façon générale, des pays européens tels la France, l’Angleterre et l’Allemagne n’ont pas cette problématique si l’on compare leur situation avec celle de l’Amérique du nord. « De plus, dit Daniel, les habitudes des propriétaires de chats sont différentes. En effet, en Europe, les chats peuvent sortir à leur gré par une chatière ou la fenêtre qui n’a pas de moustiquaire et ce, quand bon leur semble, n’étant pas à la merci du moment où leur propriétaire aura le temps de les faire sortir, comme ici en Amérique du nord. Donc, dans un même quartier, les chats établiront une routine territoriale leur permettant de s’éviter les uns les autres, étant libres de gérer leurs heures de sortie et les portions de leur territoire qu’ils surveilleront à un moment précis. » Il y a donc très peu de rencontres agonistiques entre les chats et les dangers se limitent aux voitures et aux prédateurs naturels.

En Amérique du Nord, les villes auront un nombre de chats variant entre 300 et 900 par kilomètre carré. De plus, comme les chatières sont rares à cause du climat et que les fenêtres ont généralement des moustiquaires, les chats sont incapables de gérer leurs heures de sorties et donc leur routine territoriale. Ces deux facteurs font en sorte qu’aucun chat ne sait quand et où le chat du voisin se retrouvera.  Lorsqu’un chat sort dehors, non seulement a-t-il beaucoup de chance de rencontrer un autre chat, mais il le fera dans un contexte fort probablement agonistique de défense territoriale ou de ressources.

« Éduchateur a conduit une petite étude avec 4 chats sur qui nous avons installé un GPS et une petite caméra au cou, ce qui nous a permis de constater qu’à Montréal, les chats restent à moins de 30 mètres de la maison 90% de leur temps (voir la photo ci-haut). Pourtant ils parcourent plus de 3 kilomètres par jour dans ce rayon. Une des théories à l’étude actuellement est que toute cette marche viserait à éviter les confrontations avec les autres chats et surveiller leur territoire pour empêcher d’autres chats d’y entrer. » Il est alors facile d’imaginer les tensions et le niveau de stress des chats en ville. Nous entendons tellement souvent les propriétaires dire que leur chat demande de sortir mais que, dès qu’il est dehors, il veut rentrer à la maison ! Alors le propriétaire rentre son chat juste pour réaliser qu’il veut sortir encore pour finalement rentrer de nouveau ! Ce genre de comportement peut être expliqué par le stress que vit le chat dès qu’il sort dehors, ce qui le pousse à vouloir rentrer immédiatement. Il est donc pris entre deux instincts : celui d’aller à l’extérieur pour protéger son territoire et celui de rester à l’intérieur à l’abri du stress » explique l’Éduchateur.

M. Filion ajoute ; « Dans notre pratique, il n’est pas rare de voir un chat de 7 ou 8 ans commencer à faire du marquage urinaire dans les fenêtres ou la porte. En effet, n’ayant plus la vigueur de sa jeunesse pour repousser le chat du voisin envahisseur et protéger son territoire contre les nouveaux jeunes matous du quartier, il utilise le marquage pour tenter de protéger son territoire. Ajoutez à ça le fait que trois des quatre chats de notre étude traversaient un boulevard très achalandé plus de 7 fois par jour et les nombreuses possibilités de blessures et de maladies et vous comprendrez qu’à priori, nous sommes tentés de conseiller aux gens de garder leur chat à l’intérieur.»

Si vous habitez en campagne ou dans un milieu où il n’y a pas de chats errants, le stress de sortir est  alors limité aux dangers de l’environnement. Mais rappelez-vous que l’espérance de vie d’un chat d’extérieur est de 3 à 5 ans alors qu’un chat à l’intérieur est de 10 à 12 ans. De plus, vous triplez votre facture vétérinaire en laissant votre chat aller dehors, étant plus exposé aux blessures et maladies.

Cependant, si vous décidez de garder votre chat à l’intérieur pour éviter ce stress et les dangers, il faut ABSOLUMENT palier à ce manque d’activités en enrichissant son milieu avec des bols de nourriture interactifs qui demandent au chat de travailler pour manger comme il le ferait dehors, de la hauteur et des jouets. Le plus important pour votre chat est de jouer avec lui deux-trois fois par jour, à raison de 10 minutes à la fois. Le chat est un coureur de vitesse plutôt qu’un marathonien et n’a pas besoin de longues périodes de chasse.

« N’oubliez pas que le chat ne fait rien 70% de son temps », dit M. Filion. « Notre étude a bien démontré ce fait. Il y a même deux des quatre chats qui sortaient et s’installaient sous les escaliers pour y passer 90% de leur temps. » Alors entre passer 90% de son temps sous la galerie avec le stress de repousser les autres chats et passer 90% de son temps dans la maison, dans un environnement enrichi et stimulant où le propriétaire s’assure que le 10% restant est rempli d’activités stimulantes pour le chat, pour nous, le choix est clair lorsque nous sommes en ville.»
« Ceci dit, il faut quand même mentionner que ce ne sont pas tous les chats qui s’adapteront facilement à une vie de chat d’intérieur. Mais seulement à trois reprises dans notre parcours professionnel s’étalant sur 10 ans nous est-il arrivé  de recommander de laisser un chat sortir dehors car pour lui, la vie d’intérieur était plus stressante que la possibilité de rencontrer des chats dehors. »

En résumé, c’est à vous de peser les avantages et inconvénients en fonction de l’endroit où vous habitez mais rappelez-vous qu’il peut parfois être difficile d’évaluer les besoins de nos chats sans faire d’anthropomorphisme. Consultez un intervenant en comportement félin pour vous aider dans votre processus décisionnel.